jeudi 18 août 2016

L'obsession de la bénédiction


  C'est suite à une vidéo d'un pasteur français que j'ai visionné sur Facebook, que j'ai décidé d'écrire cette réflexion. J'ai réagi à cette video en y mettant quelques commentaires, pour signaler un enseignement douteux. Je n'aurais pas du être surpris, le pasteur en question a vite mis un terme à l'échange de commentaires et l'accès à la vidéo fut vite fermé. Mais, j'ai quand même été surpris. Ce rejet du dialogue et ce refus de la remise en question sont choses inquiétantes.

Cette vidéo parlait de l'insatisfaction, du fait de se plaindre et des bénédictions de Dieu. Si j'ai bien compris le message il s'agissait, en gros, de ne pas se plaindre des différentes choses qui nous arrivent mais au contraire de cultiver un état d'esprit satisfait. Jusque-là, tout va bien, comme disait le gars qui avait sauté du huitième étage en passant devant le 7e. Mais, la vidéo se finissait sur un étrange : «Si vous vous satisfaisez de ce que vous avez, alors, Dieu vous donnera plus.» Le refus de dialogue à partir d'un avis contraire est déjà inquiétant et, hélas, très courant, mais, ce qui m'a poussé à écrire, c'est ce rapport à la bénédiction, ce lien que l'on fait, en s'appuyant sur la Bible pour dire «si vous faites si, vous aurez ça.» Une méthode ? Si c'est le cas, elle pourrait nous être envié par le monde entier. Nous aurions là de quoi changer le plomb en or. Bien sûr, on récolte ce qu'on sème, et il y a des principes de vie dans la Bible qui sont des réalités incontournables. Mais, c'est autre chose qui me chiffonne...

Le début de cette vidéo nous montre un jeune homme charmant se lamentant de ne pas être béni alors qu'il a déjà tout pour satisfaire ses besoins, se plaignant des différentes difficultés qu'il traverse, se questionnant sur l'absence de réussite et de bénédiction dans sa vie. Cela m'a paru être là l'expression typique de l'obsession qui gangrène les églises évangéliques. Je ne désire pas ici parler de l'évangile de la prospérité, non. On en débat déjà assez par ailleurs. Sans parler d'exagération financière ou de possession matérielles démesurées, de grandeur ou de prestige égocentrique, j'aimerais parler d'une vision de l'évangile qui me semble être en phase avec le monde contemporain, la société de consommation et d'acquisition qui nous entoure et en contradiction avec le Nouveau Testament et l'oeuvre de la croix de Christ, le renoncement à soi-même pour laisser la place à Christ : L'obsession de la bénédiction. Il semblerait que, dans les églises évangéliques, on cherche bien plus aujourd'hui une bénédiction ou une autre, une réussite ou une autre, un plaisir, un bonheur, que de connaître Dieu lui-même et ce qui accompagne cette connaissance : une vie à total rebours de ce qui nous entoure. Connaître Dieu et grandir en Christ, quel qu'en soit le prix, bénédiction ou pas, souffrance ou pas.

«Seigneur béni mon ceci, Seigneur béni mon cela.» On monte des programmes d'églises et on demande à Dieu de les bénir, on considère ce qui est approuvé de Dieu en fonction des signes visibles d'une bénédiction : églises avec plein de gens dedans (avec quelle connaissance des Ecritures ? Avec quelle maturité spirituelle ?), des pasteurs écoutés, des entreprises qui réussissent, des finances qui coulent, des familles en bonne santé, etc... « Bénédiction » semblerait être devenu synonyme de « Royaume de Dieu ». La réussite visible selon les critères de ce monde, d'un monde qui ne connait pas Dieu. L'équation pourrait alors se réduire à cela : réussite visible = vie avec Dieu, approbation de Dieu. Considérer sous cet angle, Jésus était peu béni. Bien sûr, un temps, pas longtemps, à peine 3 ans, il y avait du monde qui venait l'écouter, et puis des miracles extraordinaires, et puis des enseignements à couper le souffle. Mais qu'en a-t-il fait ? Pas de grandes églises, pas d'école biblique, ni de chaine de télé qui claque... même pas de quoi reposer sa tête. T'as pas de maison Jésus ? Pfff... t'es pas béni. Les apôtres non plus ne semblaient pas vivre selon cette logique. Ils n'avaient rien de visible. D'ailleurs c'est de leur faute, ils avaient bien des trucs mais ils les ont partagé avec les autres. Pfff... pas béni. Et puis, ils finissaient toujours par avoir des problèmes, on leur jetaient des cailloux, on les fichaient en prison. L'église aurait peut-être pu être plus tranquille et mieux acceptée s'il n'y avait pas ces apôtres qui entraient toujours en conflit avec quelqu'un dans la société, surtout les chefs religieux, les dirigeants de communautés.
Le monde autour de nous baigne dans ce grand mensonge de la vie-consommation, de la vie-acquisition, qu'est-ce que les chrétiens ont à apporter comme alternative, comme autre mentalité, comme autre vie ? Etre béni de Dieu - au lieu d'être béni par sa banque ou son talent, ou son entreprise, ou sa carrière, ou sa famille ou son statut ou sa Kalachnikov - ou bien CONNAITRE DIEU ?

Et si on s'amusait à renverser les choses, juste un instant, juste pour voir... «Tu es malade ? T'as de la chance, t'es béni !», «T'as perdu ton boulot, je t'envie, t'es béni, tu vas apprendre la foi.», «Tu n'arrives pas à te marier ? T'as de la chance, t'es béni, c'est que Dieu prends le temps de s'occuper de toi.», «T'as raté ton examen ? T'es béni ou alors t'a pas assez bossé.», «T'as maison a brulé ? T'es béni !», «On t'a lapidé ? T'es béni !», «On t'a crucifié ? T'es béni.» Je suis d'accord, ça peut faire peur et c'est un peu exagéré. Mais cela ne révèle-t-il pas que l'on recherche notre bien-être plutôt que le Royaume de Dieu ? Que désire-t-on vraiment, quel est notre but ? Connaître Dieu ou avoir quelque chose ? Connaître Dieu ou réussir quelque chose ? Connaître Dieu ou devenir quelqu'un ? Avoir une vie de croissance ou avoir une vie agréable ?


Que Dieu nous aide à retrouver le vrai évangile, celui dont la bénédiction est Christ en nous, celui qui nous conduit à chercher la réalisation du dessein éternel de Dieu plutôt qu'une satisfaction personnelle, égoïste et passagère, celui qui consiste à vivre pour Lui plutôt que pour nous, celui qui nous enseigne à renoncer à nous-mêmes dans ce monde afin d'être transformés à son image pour la vie éternelle.

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