lundi 22 août 2016

Le conditionnement

Le fléau insidieux, la gangrène, le cancer des âmes. La main invisible. Dans la politique, l'éducation, les médias. Dans les églises, catholiques, dans les églises évangéliques. On conditionne. Par répétition incessante on influe, on formate, on domine, on dirige la pensée, la compréhension, la vision. On nous dit comment comprendre, on nous dit comment croire. On nous conduit à penser d'une certaine manière, dans une direction que d'autres que nous ont choisit, sans nulle autre alternative. On nous dit ce qu'on doit faire. On parle souvent de "moutons". Mais les moutons ne se réunissent pas devant une estrade pour écouter l'un des leurs. Aucun mouton ne veut dominer les autres, aucun ne les utilise pour sa carrière. Les moutons ne font pas de carrière.
Les médias nous donne une vision des évènements. Conditionnement. L'école nous donne à tous le même programme à apprendre par coeur, pendant des années, assis sur une chaise, sans rien de concret à vivre. Conditionnement. La publicité nous dit quels sont les bons produits même si ils nous rendent malade. Conditionnement. Les partis nous disent qui voter. Conditionnement. De même, les églises évangéliques fonctionnent au conditionnement. Ce qu'on croit n'est parfois que le fruit d'un conditionnement alors qu'on pense que cela est vérité. Il n'y a pas de vérité là où il n'y a pas la vie. Et la vie spirituelle ce n'est pas l'excitation émotionnelle ni une course d'activités. Une seule goutte de Nitroglycérine est puissante, une seule goutte. Une église évangélique est comme un jardin rangé, taillé, propret, conditionnée dans des schémas de pensées, de convictions, de paroles, de louanges, de sermons répétitifs. La vie de l'église de Christ, elle, est comme une forêt, foisonnante, riche, variée, vivante, croissante. On apprends toujours avec le Seigneur. L'un des grands moyens pour freiner l'évangile a été d'inventer des églises, des hiérarchies, des papes, des prêtres, des messes, des cultes, des pasteurs, des prédications, des crédos. La vie c'est autre chose. Les apôtres écrivaient des lettres à des gens et non pas des crédos ni des doctrines. Il y a là une démarche de relation et de vie. Il n'y a ni vie ni relation dans une prédication, il y a un formatage. Comme un format TV imposé. Outil de conditionnement.
Le conditionnement est l'arme suprême. Elle est le contraire de la vie. Elle est son opposé, son ennemi. Jésus est la vie. La vie n'est pas un conditionnement. Elle n'est pas répétition. Jésus est là pour nous libérer, il est venu nous donner vie, sa vie, une vie abondante. Il nous appelle à un autre fonctionnement. Le vent souffle où il veut mais pas dans une bouteille posée sur une chaise. Ouvrez. Prenez conscience des conditionnements qui sont dans votre environnement familier et sortez-en. Bâtissez des relations pas des programmes ni des réunions. Placez le dialogue et la prière en priorité. Etudiez la Bible autrement. Cherchez le Seigneur. Cherchez la vie en Christ. 

La vénération de l'église locale

Voici une autre dérive qui m’attriste : La vénération de l'église locale, de son église locale. Le concept d’église locale en tant qu’entité en soi, me semble être une chose nouvelle, contemporaine, et en tout cas absente des enseignements du Nouveau Testament dans la forme qu'on connait aujourd'hui. On voit apparaître, ici et là, dans les milieux évangéliques une obsession de l’église locale, cette dernière prenant tellement d’importance qu’on peut s’interroger sur le principe d'idolâtrie à cet égard. Jésus et les apôtres, qui sont notre fondement (Actes 2:42) n’ont pas enseigné à «aimer notre église locale.» Ils nous ont enseigné à nous aimer les uns les autres, à aimer des personnes, des individus, des gens, des frères et soeurs, pas des lieux, pas des doctrines, pas des structures, pas des ministères, pas des activités, pas un programme, pas une église locale comme une chose en soi tel que serait un centre d'activité ou une entreprise. Le corps de Christ n'est pas un centre d'activités ni une entreprise.

Il est très triste de voir que l’église locale est devenue une entité en soi, une idole. Une chose presque indépendante de Jésus. Elle est devenue quelque chose. Quelque chose qui fonctionne par elle-même, avec ou sans « Robert, François et Catherine ». Les personnes, les frères et soeurs, peuvent partir et laisser la place à d’autres, «l’église locale» reste. Tragiquement, l’église locale est devenue une réalité qui n’est pas faite de pierres vivantes, mais au sein de laquelle les pierres vivantes vont se retrouver, adhérer, s’activer, travailler dans le but de faire croître cette chose impersonnelle : «l’église locale». Depuis l'avènement du catholicisme, nous avons fait de l’église un système religieux, avec des chefs dirigeants, que nous servons au lieu de nous aimer les uns les autres et d’entrer dans le royaume de Dieu. 

Les assemblées évangéliques ne sont justement plus locales, elles sont doctrinales. C'est-à-dire qu'elles sont le fruit d'un mouvement avec doctrines et chefs issues du mouvement. Et chacun travail à faire sa carrière dans ce mouvement ou à développer ce mouvement. Dans chaque localité, il y a des assemblées luthériennes, ménonites, pentecotistes, darbistes, baptistes, mais elles ne sont plus l'église de Cannes, de Montpellier, de St Etienne... C'est l'église baptiste implantée à tel endroit, l'église pentecotiste implantée à tel endroit, etc. Chaque assemblée est davantage conduit par les doctrines de son mouvement que par l'oeuvre de Dieu dans la localité. Quelle est la vision locale à part apporter ses doctrines et assister à des réunions-spectacles avec des chefs sur une estrade et des spectateurs passifs qui croient tout ce qu'on leur dit ? On annonce l'évangile pour que les gens viennent dans notre église et on les enseigne pour qu'ils croient comme nous, à nos doctrines. Leur identité est doctrinale et non plus le Corps de Christ qui amène la vie dans la localité.

Le principe d'église locale au contraire de cela est le plus juste, il réunit des gens qui suivent Christ et apporte la vie de Christ, le salut, la guérison, la délivrance, la vérité dans la localité où ils vivent. Les corinthiens à Corinthe, les romains à Rome, les ephésiens à Ephèse, etc. L'Eglise locale est le seul principe biblique mais il a été supplanté par les mouvements de doctrines qu'on appelle à tord « mon église locale » : moi je suis de Paul, moi d'Apollos, moi de Cephas, moi du pape, moi de Luther, moi de Simon Menno, moi de Nelson Darby... A partir du moment où on place un titre sur une église, "Eglise Baptiste", "Eglise du plein évangile", elle se distingue des autres et n'est alors plus l'église locale. Et par quoi se distingue-t-elle des autres ? Par ses doctrines. L'église locale se sont tous les chrétiens d'une même localité. Et si la ville est grande et que tous ne peuvent pas se réunir, ils peuvent se retrouver par quartiers. 

Nous nous sommes détournés progressivement des enseignements de Jésus et des apôtres, nous les avons quittés pour construire autre chose, une religion occidentale. Il nous faut sortir de cela et rechercher ce qui est juste, conforme à la pensée de Dieu et à la révélation des Ecritures.

jeudi 18 août 2016

L'obsession de la bénédiction


  C'est suite à une vidéo d'un pasteur français que j'ai visionné sur Facebook, que j'ai décidé d'écrire cette réflexion. J'ai réagi à cette video en y mettant quelques commentaires, pour signaler un enseignement douteux. Je n'aurais pas du être surpris, le pasteur en question a vite mis un terme à l'échange de commentaires et l'accès à la vidéo fut vite fermé. Mais, j'ai quand même été surpris. Ce rejet du dialogue et ce refus de la remise en question sont choses inquiétantes.

Cette vidéo parlait de l'insatisfaction, du fait de se plaindre et des bénédictions de Dieu. Si j'ai bien compris le message il s'agissait, en gros, de ne pas se plaindre des différentes choses qui nous arrivent mais au contraire de cultiver un état d'esprit satisfait. Jusque-là, tout va bien, comme disait le gars qui avait sauté du huitième étage en passant devant le 7e. Mais, la vidéo se finissait sur un étrange : «Si vous vous satisfaisez de ce que vous avez, alors, Dieu vous donnera plus.» Le refus de dialogue à partir d'un avis contraire est déjà inquiétant et, hélas, très courant, mais, ce qui m'a poussé à écrire, c'est ce rapport à la bénédiction, ce lien que l'on fait, en s'appuyant sur la Bible pour dire «si vous faites si, vous aurez ça.» Une méthode ? Si c'est le cas, elle pourrait nous être envié par le monde entier. Nous aurions là de quoi changer le plomb en or. Bien sûr, on récolte ce qu'on sème, et il y a des principes de vie dans la Bible qui sont des réalités incontournables. Mais, c'est autre chose qui me chiffonne...

Le début de cette vidéo nous montre un jeune homme charmant se lamentant de ne pas être béni alors qu'il a déjà tout pour satisfaire ses besoins, se plaignant des différentes difficultés qu'il traverse, se questionnant sur l'absence de réussite et de bénédiction dans sa vie. Cela m'a paru être là l'expression typique de l'obsession qui gangrène les églises évangéliques. Je ne désire pas ici parler de l'évangile de la prospérité, non. On en débat déjà assez par ailleurs. Sans parler d'exagération financière ou de possession matérielles démesurées, de grandeur ou de prestige égocentrique, j'aimerais parler d'une vision de l'évangile qui me semble être en phase avec le monde contemporain, la société de consommation et d'acquisition qui nous entoure et en contradiction avec le Nouveau Testament et l'oeuvre de la croix de Christ, le renoncement à soi-même pour laisser la place à Christ : L'obsession de la bénédiction. Il semblerait que, dans les églises évangéliques, on cherche bien plus aujourd'hui une bénédiction ou une autre, une réussite ou une autre, un plaisir, un bonheur, que de connaître Dieu lui-même et ce qui accompagne cette connaissance : une vie à total rebours de ce qui nous entoure. Connaître Dieu et grandir en Christ, quel qu'en soit le prix, bénédiction ou pas, souffrance ou pas.

«Seigneur béni mon ceci, Seigneur béni mon cela.» On monte des programmes d'églises et on demande à Dieu de les bénir, on considère ce qui est approuvé de Dieu en fonction des signes visibles d'une bénédiction : églises avec plein de gens dedans (avec quelle connaissance des Ecritures ? Avec quelle maturité spirituelle ?), des pasteurs écoutés, des entreprises qui réussissent, des finances qui coulent, des familles en bonne santé, etc... « Bénédiction » semblerait être devenu synonyme de « Royaume de Dieu ». La réussite visible selon les critères de ce monde, d'un monde qui ne connait pas Dieu. L'équation pourrait alors se réduire à cela : réussite visible = vie avec Dieu, approbation de Dieu. Considérer sous cet angle, Jésus était peu béni. Bien sûr, un temps, pas longtemps, à peine 3 ans, il y avait du monde qui venait l'écouter, et puis des miracles extraordinaires, et puis des enseignements à couper le souffle. Mais qu'en a-t-il fait ? Pas de grandes églises, pas d'école biblique, ni de chaine de télé qui claque... même pas de quoi reposer sa tête. T'as pas de maison Jésus ? Pfff... t'es pas béni. Les apôtres non plus ne semblaient pas vivre selon cette logique. Ils n'avaient rien de visible. D'ailleurs c'est de leur faute, ils avaient bien des trucs mais ils les ont partagé avec les autres. Pfff... pas béni. Et puis, ils finissaient toujours par avoir des problèmes, on leur jetaient des cailloux, on les fichaient en prison. L'église aurait peut-être pu être plus tranquille et mieux acceptée s'il n'y avait pas ces apôtres qui entraient toujours en conflit avec quelqu'un dans la société, surtout les chefs religieux, les dirigeants de communautés.
Le monde autour de nous baigne dans ce grand mensonge de la vie-consommation, de la vie-acquisition, qu'est-ce que les chrétiens ont à apporter comme alternative, comme autre mentalité, comme autre vie ? Etre béni de Dieu - au lieu d'être béni par sa banque ou son talent, ou son entreprise, ou sa carrière, ou sa famille ou son statut ou sa Kalachnikov - ou bien CONNAITRE DIEU ?

Et si on s'amusait à renverser les choses, juste un instant, juste pour voir... «Tu es malade ? T'as de la chance, t'es béni !», «T'as perdu ton boulot, je t'envie, t'es béni, tu vas apprendre la foi.», «Tu n'arrives pas à te marier ? T'as de la chance, t'es béni, c'est que Dieu prends le temps de s'occuper de toi.», «T'as raté ton examen ? T'es béni ou alors t'a pas assez bossé.», «T'as maison a brulé ? T'es béni !», «On t'a lapidé ? T'es béni !», «On t'a crucifié ? T'es béni.» Je suis d'accord, ça peut faire peur et c'est un peu exagéré. Mais cela ne révèle-t-il pas que l'on recherche notre bien-être plutôt que le Royaume de Dieu ? Que désire-t-on vraiment, quel est notre but ? Connaître Dieu ou avoir quelque chose ? Connaître Dieu ou réussir quelque chose ? Connaître Dieu ou devenir quelqu'un ? Avoir une vie de croissance ou avoir une vie agréable ?


Que Dieu nous aide à retrouver le vrai évangile, celui dont la bénédiction est Christ en nous, celui qui nous conduit à chercher la réalisation du dessein éternel de Dieu plutôt qu'une satisfaction personnelle, égoïste et passagère, celui qui consiste à vivre pour Lui plutôt que pour nous, celui qui nous enseigne à renoncer à nous-mêmes dans ce monde afin d'être transformés à son image pour la vie éternelle.

Une Eglise étrangement préoccupée par le terrestre.


  Il est étonnant de voir, quand on y réfléchi de près, comme l'église d'aujourd'hui est préoccupée par les choses terrestres. Que ce soit la bénédiction ici en terme matériel - travail, maison, carrière, progrès en tout genre, acquisitions diverses, santé physique - que ce soit au sujet d'Israël et de l'actualité politique du monde, que ce soit au sujet de l'expression du péché sous toutes ses formes dans notre société, que ce soit au sujet du développement de l'oeuvre dans laquelle on se trouve - l'oeuvre visible, une croissance mesurable, quantifiable, les réunions, le nombre de personnes, les finances, la multitude des activités.

Toutes ces choses ne sont pas mauvaises en soi, bien sur, elle ont leur place, mais il semblerait qu'elles aient pris une importance démesurée, peut-être même la première place, et qu'elle continuent à occuper nos pensées, nos discussions, nos méditations, nos prises de paroles, nos écrits, nos engagements, nos actions au delà du raisonnable et de l'utile. Qu'elle que soit ces « choses », elles ont ceci en commun qu'elles sont terrestres. Elles sont en interaction avec le monde passager dans lequel nous sommes, qui est toujours secondaire par rapport à la construction du royaume céleste et éternel de Dieu. Finalement, serions-nous encore de ce monde contrairement à ce qu'on prétend ? Comment le fait de ne pas être de ce monde peut-il bien se traduire dans nos pensées et nos vies quotidiennes ? Comment cela peut-il modifier nos centres d'intérêts, notre vision, nos discussions, nos projets, nos désirs, nos organisations, nos prières, nos actions, nos oeuvres, notre vie quotidienne ?

Les premiers chrétiens étaient-ils focalisés sur des choses terrestres ? Et Jésus ? Et les apôtres ? Si l'on regarde de quoi parlent les lettres des apôtres que nous avons dans le Nouveau Testament, les textes de la nouvelle alliance, que pouvons-nous souligner ? Visiblement, ils parlent peu des biens matériels, ils parlent peu des situations politiques et sociales de leur époque, ils parlent peu d'Israël, ils parlent peu de la situation moral de l'empire romain. Peu, très peu. Mais alors de quoi sont rempli ces épitres ? De quoi parlent-elles ? Sur quoi les apôtres focalisaient leur pensée et leur enseignements, leurs désirs, leurs exhortations, leur être et leur vie ? Sur le royaume de Dieu ! Sur Christ ! Sur la croissance spirituelle des personnes constituant les églises et les conditions de cette croissance.

Qu'est-ce qui nous préoccupe vraiment aujourd'hui ? Qu'est-ce qui nous importe le plus ? La connaissance de Dieu, la croissance en Christ, la vie spirituelle ou une multitude d'autres choses secondaires, passagères et terrestre ?

Je ne dis pas qu'il faille ne pas s'intéresser du tout à ces « choses » mais j'ai peur qu'on ne s'intéresse plus guère qu'à ça et que cela ne laisse plus de place pour ce qui devrait être primordial, pour le plus important. Qu'est-ce qui embrase notre coeur et le consume ? Le règne de Dieu, parvenir à la stature de Christ ou les choses terrestres d'un monde et de systèmes chrétiens qui passent et dont il ne restera rien ?


Nous devrions nous préoccuper de la croissance spirituelle des personnes au lieu des réunions et des programmes d'églises, de l'oeuvre de Dieu au lieu de l'égarement de ce monde. Mais c'est moins quantifiable, moins visible, donc plus difficile, je le conçois bien. Cette croissance spirituelle, ce Royaume n'a pas de cadre maîtrisable. Pourtant, nous pouvons soit travailler à l'organisation et au développement d'une église terrestre ou bien à la croissance d'une vie spirituelle pour les personnes. Pour cela, il nous faut certainement être centré sur Christ, son oeuvre accomplie, sa présence, sa vie, sa pensée, plutôt que sur d'autres choses qui ne sont finalement que le prolongement de nous-mêmes et l'expression de notre chair, c'est-à-dire de notre vie humaine. Revoyons ce qu'enseignent les apôtres. Soyons occupé par Christ et le Royaume de Dieu. Croissons en Lui.

samedi 6 août 2016

Dieu n'est pas un être humain


 Dieu a créé tout autant les poulpes que les humains. Il n'est pas plus un être humain qu'un poulpe. Bien sur, il crée l'Humanité à son image et pas le poulpe. Il est l'Esprit créateur, la source et l'origine de toutes les choses existantes. Tout ce que nous pouvons voir et découvrir, de près ou de loin autour de nous, animaux, plantes, minéraux, couleurs, lumières, espaces, textures, matières, formes, galaxies, planètes, étoiles, sucre et sel, sont issues de lui, non seulement de son imagination mais de ce qu'il est. Dieu est puissant comme un éclair et doux comme un pétale de rose. Dieu est grand comme l'univers et proche de nous comme une fourmi sur notre épaule. Dieu est insaisissable comme une anguille et blottit comme un petit chaton. Dieu est lourd comme une montagne et léger comme une plume. Il peut écraser ou porter. Il peut blesser ou guérir. Rendre aveugle ou ouvrir les yeux. Pour avoir une image approchante de qui est Dieu, il faudrait peut-être faire la somme de toutes ces choses, comme la somme de toutes les couleurs donne le blanc. Et nous n'aurions là qu'une image de ce qu'il est, une image bâtit sur la découverte de notre environnement, c'est-à-dire de ce qu'il nous à permis de percevoir en nous créant avec certaines capacités et pas d'autres. Parce que Dieu n'est pas humain, nous ne pouvons le comprendre. Parce que Dieu n'est pas une création analysable de l'univers dont nous faisons parti nous ne pouvons le saisir dans sa totalité et dans son être. Nous ne pouvons que recevoir sa révélation. Nous devons être uni à lui pour le connaître. Nous ne pouvons qu'humblement marcher en sa découverte, une découverte comme un jour se lève. Lentement, doucement, progressivement. C'est en nous, et nous en dehors de nous que doit s'opérer cette révélation, cette découverte.

Nous avons un problème de projection de nous même. Par notre imagination, nous humanisons ce que nous touchons. Une voiture, dont on va parler comme d'une amie, à qui on va donner un nom, qu'on va prendre en photo, qu'on va soigner plus que de raison comme si elle ressentait le soin qu'on lui donne – et ça nous donne grand plaisir de prendre soin du métal. On va lui donner du temps, dépenser de l'argent pour elle de manière insensée, démesurée, alors que ce n'est qu'un objet utile mais sans vie, sans pensées, sans souvenir, sans ressenti, sans existence propre. Vous pouvez remplacer la voiture par ce que vous voulez, une maison, un musée d'art, un aspirateur customisée. Dans la société immature et déséquilibrée d'occident dans laquelle nous baignons et qui nous empreigne sans qu'on ne le réalise, nous voyons aussi cela avec les animaux. Nous voyons des personnes parler à leur animal de compagnie comme il parle à un être humain – souvent par manque affectif – comme si il comprenait tous leur soucis. Je ne dis pas que les animaux ne ressentent rien et ne comprennent rien mais nous projetons sur eux notre humanité et leur donnons une place humaine. Ce ne sont pas des êtres humains, ils n'ont pas une compréhension et une perception de ce qui les entoure semblable à celle des êtres humains. Tout comme pour une voiture, un objet dans lequel on place à tord trop d'affection, comme dans un animal, nous projetons notre humanité en Dieu. Mais Dieu n'est pas humain. Il ne pense pas comme nous, il ne perçoit pas comme nous, il ne réagit pas comme nous, il ne ressent pas comme nous, il n'a pas la même dimension que nous. Et heureusement. C'est pour cela que ses plans ne sont pas ceux que nous aurions définit pour nous et nos semblables. C'est pour cela que nous luttons souvent contre le chemin dans lequel il nous conduit. C'est pour cela que nous, humains, ne désirions pas un messie qui aille à la croix, à Dieu ne plaise ! Et pourtant... Nos désirs ne sont pas les mêmes que les siens parce que sa vision n'est pas come la nôtre parce que sa nature n'est pas la nôtre. Combien doit-il lutter contre nous pour nous donner le meilleur parce que nous ne désirons seulement que le bien-être, c'est-à-dire ce qui est temporel et passager voire superficiel. Manquons-nous de sagesse ? De vision claire ? De compréhension ? De maturité ? Cela se peut.

Parce que nous utilisons des mots humains, comme « Notre Père », nous avons tendance à projeter notre humanité en lui, dans notre perception. Combien nos perceptions, nos compréhensions imparfaites et nos interprétations nous trompent. Et combien nous y sommes attachés. C'est là la cause des idéologies, des égarements et des fausses doctrines de toutes sortes qui ne nous font pas aboutir au but de Dieu pour nous.

Dieu n'est pas humain mais il s'est fait homme. Et parce que nous gardons en mémoire vive ce que Jésus étaient durant sa vie terrestre, nous projetons notre humanité sur lui, en l'image que nous nous faisons de lui. Lorsqu'on considère la description faite du Seigneur dans le livre de l'Apocalypse, nous découvrons une toute autre image de Jésus. Une image bien au delà de ce qui pourrait correspondre à notre humanité. Dieu s'est fait homme, il a revêtu notre nature humaine pour que sa nature – bien différente de la notre – soit formée en nous. Il s'est abaissé pour nous élever. Il nous élève en nous donnant sa nature. C'est pour que nous portions l'image du céleste que Christ s'est fait terrestre.

Dieu n'est pas humain et ce qui est bon habite en lui.

"L'Homme terrestre et l'Homme céleste" de T. Austin-Sparks

"L'Homme terrestre et l'Homme céleste" de T. Austin-Sparks : article ici

Adam et Eve, créés "parfaits" ?

Adam et Eve n'ont pas été créé parfaits, ils ont été créés pour le devenir.
Une idée populaire tenace veut nous faire croire que Adam et Eve ont été créé parfaits – avec pour seule explication que Dieu étant parfait il ne peut créer que du parfait - et qu'ils ont chutés. Or la réalité qui est la nôtre, celle de l'existence de la vie humaine est plus complexe, plus riche et plus merveilleuse que cela. Tout d'abord la Bible n'enseigne pas cette idée populaire qui n'est fondée sur rien de solide. Ensuite, on peut affirmer que la création de Adam et Eve, de l'humanité, fut et reste « très bonne » comme le dit explicitement le texte biblique. Très bon n'est pas parfait. Non. Mais « Très bon » contient tout ce qu'il faut pour y parvenir. Si Adam et Eve avaient été créé « parfaits », jamais ils n'auraient pu chuter, même avec un libre-arbitre, parce que le parfait ne peut, par définition, faire un mauvais choix. Si ils avaient été créés parfaits, ils n'auraient jamais succombés à aucune tentation mais auraient toujours fait le bon choix. Dieu ne les a pas seulement créés libre de faire un choix mais capable de faire un mauvais choix. Voilà qui est pour le moins imparfait.

Mais qu'est-ce que la perfection ? Avant de croire, sans fondement solide, que Adam et Eve ont été créés parfaits, nous devons bien y réfléchir, nous devons nous poser la question et trouver une réponse sensée. Il y a me semble-t-il deux chemins de réponses. D'abord, la perfection en tant qu'absolue, c'est-à-dire le divin. Le divin dans ses qualités et ses attributs complets et définitifs. Pas de variation possible, pas d'évolution imaginable, pas de perfectionnement pouvant exister, à aucun moment et en aucune manière ni maintenant, ni jamais. Ce parfait, ce divin, ne faisant jamais aucune erreur, ne pouvant jamais se tromper. D'une stabilité totale. Selon cette perspective, il est évident que Adam et Eve n'était pas dans cette catégorie.
Mais il y a une autre manière d'aborder le terme « parfait ». Je vais l'illustrer ainsi : prenons un enfant de 12 ans, qui a été aimé par des parents affectueux, attentifs et intelligents qui lui ont donné tout ce dont il avait besoin pour se développer normalement, même plus, au maximum de son potentiel. Il est en bonne forme physique. On peut dire alors que cet enfant de 12 ans est parfait pour... un enfant de 12 ans. C'est-à-dire qu'il a pleinement les capacités et les connaissances maximum que peut avoir un enfant de 12 ans. Mais, il n'a pas la force physique d'un homme de 30 ans, il n'a pas l'expérience d'un homme de 60 ans, il n'a pas la vision du monde et les connaissances accumulées d'un homme de 80 ans. Il doit encore grandir, apprendre, se développer. « Parfait » signifie alors abouti au maximum de ce qu'il peut être à un moment donné. Adam et Eve pouvait bien être cela. Notez que je n'ai pas parlé du péché. Le péché n'entre pas là en considération. Hors, dans la vision populaire, le péché est relié au parfait, où plus tôt au non-parfait. Dans le langage populaire « Je ne suis pas parfait » signifie « J'ai des péchés. » Et l'on rejoint bien là le sens « divin », parfait : sans péché, divin. Mais, Adam et Eve étaient sans péchés et pourtant ils n'étaient pas parfaits puisqu'ils ont chuté à la tentation proposée par l'ennemi de nos âmes.

Et justement, la tentation qui leur était proposée faisait bien écho à leur non-perfection, à leur non-divinité : «Vous serez comme Dieu» ou «Vous serez comme des dieux.» Vous serez ce que vous n'êtes pas, vous serez parfaits. Si ils l'avaient été, cette tentation, n'aurait eu aucun sens et aucun effet. Mais, bien plus, elle faisait écho à la raison d'être de Adam et Eve, à la raison de leur perfection : devenir parfait. Dieu a créé l'Humanité pour qu'elle devienne parfaite en lui : « Faisons l'Homme à notre ressemblance. » C'est l'annonce d'un projet. Ce projet, on le retrouve exprimé dans les épitres des apôtres en d'autres termes : « Participants de la nature divine. » et encore « En Christ » comme le dit Paul. Jésus le dit aussi dans sa prière : « ... que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu'eux aussi soient un en nous... » Vous serez comme Dieu, c'est le but du créateur pour nous, vous serez parfaits comme Dieu est parfait. Le mensonge de l'ennemi de nos âmes se trouve dans le chemin qu'il nous propose : un arbre sans vie, un arbre sans la vie de Dieu. Un chemin sans vie, un chemin sans la vie de Dieu. Parvenir à la perfection divine sans la perfection divine est un mensonge et un non-sens. Une impasse. Une mort. Pas de vie divine, pas de perfection.

Le chemin que Dieu nous a préparé est autre, c'est celui d'un arbre de vie, celui du pain de vie, c'est Jésus-Christ. Le seul chemin qui conduit Adam et Eve, l'Humanité, à devenir ce pour quoi ils furent créés.

Dieu n'aurait-il pas fini de créer ?


Dieu n'a pas fini de créer. Dit ainsi, cela ressemble aussitôt à une hérésie, à une erreur, à une ânerie face à la compréhension courante des premiers chapitres de la Bible. J'ai longtemps cru, comme la plupart d'entre nous, ce qu'on m'avait enseigné à savoir que Dieu fini de créer en 6 jours, le 7e étant le jour de son repos.
Mais je crains fort que notre lecture de la Bible soit trop rapide et trop superficielle et que nous n'en n'approfondissions pas assez son sens. A force de nous rabâcher les mêmes certitudes sans jamais les jamais vérifiées, nous avons accumulés tant de filtres devant nos yeux que l'on passe à côté de bien des richesses et que notre connaissance de la vérité en est voilée, ou tordues, ou incomplète, ou approximative. La Bible demande une lecture et une étude plus approfondie, une lecture et une réflexion. Elle se creuse toujours plus. Cela demande du temps, de la consécration, de la persévérance. Elle est une mine de trésors enfouis. Plus on creuse profond, plus le trésor est riche, beau, abondant, et plus il éclaire l'ensemble de ce que la Bible enseigne. Plus on creuse le sens des textes bibliques, sans ce contenter d'une connaissance superficielle et caricaturale, plus ces textes éclairent notre compréhension de l'existence, de la vie humaine, de la vie spirituelle, du but de Dieu, de la personne de Dieu.

Dieu n'a pas fini de créer. Voilà une vérité fondamentale oubliée. Et pourtant, cette vérité à des conséquences majeures sur notre manière de percevoir nos vies et le monde qui nous entoure. Et si je réalisais que l'Univers n'est pas fini, n'est pas abouti, que les gens autour de moi ne le sont pas non plus, que moi-même je ne suis pas « terminé » mais en train d'être créé ? Cela changerait ma perception et mon élan de coeur envers les autres. Si nous avons tant de patience et de compassion envers les enfants, c'est que nous savons qu'ils sont en train d'apprendre, qu'ils progressent, qu'ils aboutiront plus tard. Inutile d'être trop exigeant avant qu'ils n'aient atteint un certain degré de maturité. Il en est de même pour nous.

Dieu n'a pas fini de créer ? Mais pourtant il s'est reposé de son oeuvre le 7e jour, est-il écrit. Oui, mais «Dieu travaille» dit Jésus en Jean 5;17. Alors quoi ? Il travaille ou il se repose ? On nous a dit que Dieu a fini sa création au 6e jour et pourtant, des réalités apparaissent, nouvelles, de plus en plus glorieuses, au fil du déroulement du temps. On peut alors se demander : Comment des réalités nouvelles peuvent apparaître si Dieu s'est arrêté de créer ? Comment Dieu peut-il dire «Je vais faire une chose nouvelle» si il se repose ? Tout cela peut paraître bien contradictoire et nous plonger dans la confusion. Il nous faut considérer de quoi Dieu s'est reposé et que «travaille-t-il» encore ? Voyons quelques textes...

Après le sixième «jour» - la sixième étape de création, où mise en forme de l'univers physique – il est dit :

«Ainsi furent achevés le ciel et la terre, avec toute leur armée. Au septième jour, Dieu avait terminé tout l'ouvrage qu'il avait fait et, le septième jour, il chôma, après tout l'ouvrage qu'il avait fait.»
Genèse 2 versets 1 et 2.

Si on comprend bien, ce texte ne dit pas que Dieu s'est arrêté de créé définitivement, il dit simplement qu'il termina l'ouvrage qu'il avait fait. Ce qu'il termina le 6e jour, c'est ce qu'il était en train de faire depuis le jour un. C'est de ce dont Dieu vient de créer qu'il se repose. Ce repos est un arrêt de ce qui vient d'être fait pas un arrêt définitif. Et qu'est-ce qui vient d'être fait ? Que nous décrit le chapitre précédent ? C'est la mise en place de l'Univers physique, par étapes successives, jusqu'à l'être humain. C'est de cela dont Dieu s'est «reposé». Nous savons bien, connaissant Dieu selon la révélation que nous en donne la Bible qu'il ne se fatigue pas (Psaumes 121,4). Comment Dieu-tout-puissant pourrait-il avoir besoin de se reposer s'il ne se fatigue pas ? Pris au premier degré, c'est un non-sens. Nous devons tenter de saisir le sens profond.
L'explication de ce paradoxe est dans le verbe «chômer» du verset 2 du chapitre 2 de Genèse. Chômer signifie « cesser son ouvrage ». Dieu n'était pas fatigué et n'avait pas besoin de se reposer. Le sens de ce texte est tout autre, il signifie que Dieu vient de finir quelque chose. Cela marque un temps d'arrêt, qui va se rappeler dans la vie quotidienne des hommes par la mise en place du Sabbat, le jour d'arrêt à la fin d'une semaine de travail. Ce que nous décrit les deux premiers chapitres de la Genèse, c'est la création de l'Univers physique, le cadre dans lequel Dieu va poursuivre sa création. Regardons le premier verset du premier chapitre de la Genèse et donnons-lui de l'ampleur en lui secouant l'hébreux collé dans le fond :

«Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.» est une traduction trop rapide, trop simple. Elle nous enferme dans une vision trop réduite d'un fait extraordinaire. Essayons d'amplifier le texte ainsi : «Pour un commencement, Dieu créa le visible et l'invisible...» ou «Pour commencer sa création, Dieu fit le ciel et la terre...». Genèse 1 verset 1.

Cette description des six étapes de mise en place de l'Univers dans Genèse 1 n'est que le lancement d'une création bien plus grande et bien plus glorieuse. Ce n'est qu'un commencement. C'est l'établissement d'un contexte dans lequel va pouvoir germer la création ultime, finale et parfaite. C'est de cette partie de la création dont Dieu s'est reposé, qu'il a fini de mettre en place, la phase « physique ». Il a créé les éléments qui vont permettre à une semence - ce dont nous parle Jésus dans une parabole, le royaume de Dieu - de germer, de se développer, de se répandre, de parvenir à maturité et de remplir toute la création. L'univers est le jardin dans laquelle cette semence va pouvoir être planté et va pouvoir pousser jusqu'à une maturité spirituelle jusqu'à tout remplir, que Christ soit tout en tout.

Plusieurs choses apparaissent après la création d'Adam et Eve, après la description de Genèse 1, après que Dieu se soit reposé, ce qui nous révèlent que Dieu continue son oeuvre de création. Quels sont les oeuvres qui apparaissent après que Dieu se soit reposé de ce qu'il avait fait ? Premièrement, d'autres êtres humains, et pas un peu, mais des milliards. Ils sont bien sûr issus du processus de reproduction des hommes et des femmes (avec un peu plus de boulot pour les femmes quand même) mais ils sont avant tout créés par Dieu. Nous devons donc nous rendre à l'évidence, Dieu n'a pas arrêté de créé.

Une autre réalité est apparue après le 6e jour : Israël. Projet de Dieu pour y faire apparaître Jésus, le Fils de Dieu. Puis, apparaît, dans cette continuité, quelque chose de nouveau encore : l'église. Celle qui n'a rien à voir avec une organisation et une structure humaine. De Israël à l'église, il s'est passé quelque chose de gigantesque : la semence du royaume a atteint toutes les nations, tous les peuples. Elle s'étend, se développe et finira par tout remplir comme Jésus nous l'annonce. Les apôtres aussi nous parlent de quelque chose de nouveau : une nouvelle création en Jésus-Christ (2 Corinthiens 5;17), de nouveaux cieux et une nouvelle terre (Apocalypse 21;1). Voilà qui fait beaucoup de travail pour quelqu'un qui se repose, non ?
Dieu n'a pas fini de créer le 6e jour. Ce n'est pas ce que l'ensemble de la Bible nous enseigne. Dieu est en train de créer. Le 6e jour, il s'est reposé, c'est-à-dire « arrêté », des oeuvres qu'il était en train de faire et non pas de toute oeuvre.

L'Univers dans lequel nous sommes est une réalité en mouvement. Dans son fonctionnement (atomes, galaxies) comme dans son développement de la vie sur terre comme dans nos vies. De notre naissance à notre mort, rien n'est fixe, on grandit, on apprend, on progresse, on murit. Il en est de même de nos vies spirituelles, de notre naissance d'en Haut à notre mort physique (qui sera suivi de notre résurrection). Dieu, pour sa part, n'est pas en mouvement, il ne varie pas. Il ne change pas, il n'y a pas de variation en lui. Dieu est immuable (non-créé) mais nous, nous sommes en mouvement, en développement. Pourquoi en mouvement et en développement ? Parce que nous sommes en train d'être créé, nous sommes en devenir. Seul ce qui est éternel est fixe. Une création terminée est une création fixe, définitive, à laquelle plus rien ne peut être ajouté, plus rien ne peut être modifié. Ce n'est pas le cas de l'univers, de la terre et de nos vies.

Dieu est esprit, il est parfait, totale, absolu. Il est immuable, il ne change pas. Dieu crée pour lui, il crée pour la réalité dans laquelle il se trouve : une réalité éternelle, parfaite, immuable. Cet aboutissement ne sera atteint qu'à la fin d'un processus de création dont le commencement seulement nous est rapporté en Genèse 1 et la fin en Apocalypse 21.

Concernant les jours de création de Genèse 1 : Ces «jours» de création, compris à tord comme étant des séquences de 24 heures, représentent des étapes de création. Qu'est-ce qui permet d'en être certain ? Il est écrit : «Il y eu un soir et un matin...» or, entre un soir et un matin, il n'y a pas 24 heures mais 12. Il ne s'agit donc pas d'une journée de 24h. De plus, la Bible nous dit ailleurs que pour Dieu, un jour est comme mille ans et mille ans sont comme un jour. Il ne s'agit donc pas d'un compte limité d'heures et de temps, mais d'un temps repère. Si je dis : « Un jour je me marierai. » cela ne signifie pas que je serai marié 24h. C'est un repère de temps. C'est de cela dont nous parle les jours de Genèse 1, d'étapes de création dans un processus. Ces soirs-matins dont il est question nous aiguillent sur un autre élément important. Ils expriment une réalité qui se fait jour progressivement, une réalité qui s'éclaire, qui prend forme, petit à petit. «Jour» après «Jour», étape après étape, le plan de Dieu se réalise.
Concernant le septième jour - Genèse 2;3 – remarquons qu'il est le seul sans mention de «Il y eu un soir, il y eu un matin.» ce qui nous permet de penser que ce 7e jour, cette 7e étape n'est pas terminée, nous sommes dedans. Cette 7e période verra venir son matin, à la fin des temps, quand l'étoile du matin paraîtra et que tout l'Univers trouvera son accomplissement en Lui, d'une manière éternelle, c'est à dire fixe, définitive, sans plus de changement. Nous sommes en train d'être créé par Dieu et pour Dieu. Qu'y a-t-il de plus merveilleux ?

Ainsi, si vous fautez, si vous tombez, si vous échouez, si vous péchez, c'est parce que vous n'êtes pas terminé. Et les autres non plus. Seul ce qui est fixe, parfait, fini, abouti, ne chute plus. Adam/Eve, l'humanité mâle/femelle, a été créé pour devenir parfaite en Christ, c'est-à-dire à l'image de Dieu. Christ est l'image visible du Dieu invisible pas Adam. C'est pour cela qu'Adam a chuté et pas Christ. Si Adam avait été à l'image de Dieu, comme on nous l'a trop rapidement enseigné, il n'aurait jamais chuté. Lorsque Dieu dit « Faisons l'Homme à notre image », il parle de son projet de création de la Genèse à l'apocalypse et non pas de l'Homme seulement formé en Genèse. Ce « formé » n'est qu'une étape de la création qui s'abouti en Christ. Tout, y compris le « faisons l'Homme à notre image », ne s'accomplit qu'en Christ et par Christ. Cette création finale, cet aboutissement du projet de Dieu n'est rendu possible que par la croix, la mort-résurrection. C'est là qu'enfin « Tout est accompli. », que tout est créé, c'est là qu'enfin l'Homme, l'humanité peut devenir à l'image de Dieu, ce n'est pas au 6e jour mais à la fin du 7e.

Dieu n'a pas fini de nous créer.

Dieu crée pour un but


Dieu crée toutes choses pour un but. Dieu crée dans une intention précise, avec un objectif à atteindre. Comme le dit T. Austin-Sparks dans « Ce que signifie être un chrétien » : « Il est des plus important que nous soyons conscients que la vie chrétienne est gouvernée par un dessein. Nous ne sommes pas simplement sauvés pour être sauvés. Ce n'est là que le commencement de quelque chose, c'est en vue de quelque chose de beaucoup plus grand, dans la pensée et l'intention de Dieu. »
Dieu n'a pas fini de créer. Après la création d'Adam et Ève, d'autres réalités apparaissent, des réalités que Dieu forment en les faisant apparaitre dans le monde :  d'abord  l'humanité qui se multiplie,  puis Israël qui prend corps en terre promise, puis l'Église dans toute l'humanité. Comme une graine qui se développe selon la parabole de Jésus.
Dieu a formé l'humain dans un but bien précis : pour l'amener à Sa mesure divine, une mesure grandiose, non seulement comme individu mais comme une multitude, comme un organisme vivant, un peuple. Dieu est Esprit. Dieu est éternel. Il ne crée pas en vue du temporel. Il ne crée pas avec pour objectif le passager. Il forme le temporel en vue de l'éternel. Il forme le terrestre, le visible, le matériel pour obtenir quelque chose de  spirituel. Le passager est en vue de ce qui dure toujours, sans ombre de variation, l'humanité et l'univers tout entier. Dieu forme le visible, le matériel, selon son projet pour accomplir un dessein qu'Il poursuit sans que rien ne puisse l'en empêcher (« ... réunir toutes choses en Christ. »)
La création temporelle est une réalité non-fixe, c'est un processus en mouvement, en devenir, c'est la réalisation d'un plan par étape successive. Cela nous est raconté dans les textes bibliques de la Genèse à l'Apocalypse. Cela se fait dans une réalité qui chemine, le temporel ;  mais le but n'est pas temporel, le but c'est la réalité éternelle et définitive. Le but est d'obtenir une réalité fixe, permanente, un état spirituel de l'humanité, une stature, une nature, pour l'éternité, semblable à Dieu : « Faisons l'humain à notre image, à notre ressemblance. » (Voir aussi Philippiens 3.21 ;  1 Jean 3.2 ; Colossiens 3.4 ; 1 Corinthiens 15). Voilà le projet que Dieu annonce, que Dieu révèle en Genèse 1.26-27. Nous nous sommes trompés profondément en croyant que ce but avait été atteint lorsque Dieu créa Adam et Ève dans le jardin d'Éden. Cette création n'était que le début du processus dans lequel l'humanité se trouve toujours « jusqu'à ce que Christ soit formé en nous. » Pourquoi Christ ? Parce qu'Il est « l'image visible du Dieu invisible. », Il est le modèle, le principe de la création de l'Humain (Colossiens 1.15). L'apôtre Paul nous révèle ce plan glorieux que Dieu s'est proposé d'accomplir : que Christ soit formé en nous, que nous soyons semblables à Lui, que nous soyons tels qu'Il est.
Le but de Dieu n'est pas que nous allions au ciel - cela est une vision religieuse étroite et limité - mais que nous devenions des Fils, spirituellement accomplis, tel que l'est Jésus-Christ, l'incarnation de Dieu. Devenir des Fils, c'est nous transmettre Sa vie incréée, la vie éternelle, la vie divine. Mesurons bien l'ampleur de ce que signifie être enfant de Dieu. Devenir semblables à Christ, participer à la nature de Dieu. « Tel Il est, tel nous serons. »
C'est cela hériter du Royaume de Dieu. «Ne crains pas petit troupeau. Votre Père céleste a trouvé bon de vous donner le Royaume.» Nous n'avons rien à craindre parce que Dieu a décidé de nous donner le Royaume. Et ce qu'Il a décidé, Il l'accomplit. Aucun ennemi ne peut s'y opposer, et certainement pas un ennemi vaincu à la croix. Qu'est-ce que le Royaume ? C'est le Règne de Dieu. Et le règne de Dieu, c'est la vie divine en nous. Le règne de Christ ne consiste pas à donner des ordres et à être obéi, non. Le règne de Christ consiste à nous transformer à Son image, à nous rendre semblables à Lui, vivant spirituellement de Sa vie. C'est à cela qu'aboutira tout l'univers et pas seulement l'humanité. Tout l'univers manifestera Son règne, Sa gloire.
Le règne de Christ, c'est sa vie divine qui remplit tout, qui rayonne et s'exprime partout, qui EST. Voilà le si grand salut dont il nous est parlé, c'est bien plus que d'aller au ciel, c'est d'être créé à la ressemblance de Christ, c'est d'être une nouvelle création en Jésus-Christ (Galates 6.15),  c'est Son règne en nous, Sa vie pleinement.
«Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées ; toutes choses sont devenues nouvelles.»2 Corinthiens 5.17
Peut-être pourrions-nous dire : «Si quelqu'un est en Christ, il est en train de devenir une nouvelle réalité spirituelle éternelle, un nouvel être de nature divine, céleste et non terrestre.» Nous sommes entrés dans un processus de métamorphose. Cette métamorphose consiste à passer de l'Ancien Adam au nouvel Adam, de la première humanité né d'en-bas à une humanité spirituelle, née et vivant d'en-haut. Et cela non pas individuellement seulement mais corporativement : c'est l'Église (qui n'est ni un lieu ni une organisation).
L'église doit parvenir à maturité spirituelle, l'assemblée ou l'assemblage des Fils à la dimension divine du Fils, Jésus. Nous serons alors à l'aboutissement de toute la création, au but final, le projet global de Dieu accompli : avoir un peuple, des enfants à Son image, à la stature de Christ, semblable à Lui.  À ce moment là, oui, Dieu aura fini la totalité de Sa création. Pour l'instant, Il travaille, comme le dit Jésus dans l'évangile. Nous sommes en gestation spirituelle.  Nous sommes conçus ici pour la vie éternelle. Nous sommes dans le temps pour cela, pour être créés en vue d'une vie impérissable dans laquelle il n'y aura plus de variation, la vie divine qui est la présence de Dieu même.
Le but de Dieu est depuis toujours, dès le commencement, de créer et de s'unir à Lui ;  une créature parfaite et spirituelle, selon le modèle de Jésus l'Oint de Dieu : ce sont les noces qu'annoncent le Cantique des Cantiques, les évangiles et le livre de l'Apocalypse. «Dieu est Esprit», Il crée donc en vue d'une réalité spirituelle-éternelle et non pas physique-temporelle. Le physique a toujours été pensé comme transitoire en vue d'y faire germer le parfait, le définitif, ce qui ne change plus.
«Or ce "Encore une fois" indique le changement des choses muables, comme ayant été faites, afin que celles qui sont immuables demeurent.» Hébreux 12.27
La question du péché n'a pas changé cet objectif de Dieu. L'œuvre de la croix de Jésus-Christ nous a souvent été dépeinte comme le moyen d'être sauvé, d'être pardonné de nos péchés, et c'est là une chose vraie et fondamentale. Il a payé le prix pour nous, pour nous libérer. Mais cette vision de la croix est incomplète. Nous sommes passés à côté d'une dimension bien plus grandiose. L'œuvre de la croix est le moyen de nous faire parvenir à l'aboutissement de la création voulue dès le début par le Créateur : la perfection selon le modèle, le principe de Jésus-Christ. En cela Paul pouvait s'écrier : «J'ai été crucifié avec Christ» et puis «vous êtes ressuscités avec le Christ.» Cela n'aurait pas de sens si la mort et la résurrection ne concernait que le pardon de nos péchés. La bonne nouvelle à annoncer au monde ce n'est pas seulement que nos péchés sont pardonnés à cause du sacrifice expiatoire de Jésus ;  mais c'est aussi que l'Homme peut entrer dans la perfection divine, recevoir la nature parfaite de Dieu et vivre de Sa Vie éternellement, et cela parce que cela a été rendu possible par la croix de Christ.

Le processus a commencé, la création d'une nouvelle humanité, le nouvel Adam dont parle l'apôtre Paul. C'est là le but de la création désirée par Dieu et poursuivie dès le début par étapes successives. Nous serons «à l'image de Dieu.» Il nous reste peu de temps avant de voir cela de nos yeux et d'en être éternellement éblouis.